Igor Ryjenkov, MW

La province de la Vénétie s’étend vers l’ouest, depuis la magnifique ville de Venise et ses canaux jusqu’à Vérone, la romantique ville de Roméo et Juliette, et le splendide lac de Garde, atteignant l’Autriche au nord, entre le Haut-Adige et le Frioul. Plusieurs vins renommés proviennent de cette région, comme le soave et le prosecco, mais c’est l’amarone de Valpolicella, qui fait partie des vins rouges les plus emblématiques d’Italie, qui brille le plus.

La viticulture dans la zone de Valpolicella, une bande compacte orientée est-ouest au nord de Vérone, remonte à l’Antiquité grecque, y compris la tradition de vinifier des raisins séchés. Le nom de Valpolicella apparaît déjà dans des documents du XIIe siècle. La région a obtenu son statut DOC en 1968, ce qui a entraîné une expansion de la zone de production vers des plaines fertiles bien au-delà de ses limites historiques. La grande majorité des vins de Valpolicella sont des assemblages de cépages rouges locaux — corvina, corvinone et rondinella — avec la corvina jouant un rôle dominant (jusqu’à 80 %), parfois accompagnée d’autres variétés, comme l’oseleta, récemment réhabilitée, ou la molinara, aujourd’hui plus rare.

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Depuis plusieurs décennies, les styles amarone et ripasso dominent l’attention des consommateurs, bien qu’ils n’aient reçu leurs désignations DOCG/DOC qu’en 2009. La tradition du séchage des raisins pour la vinification n’a pas perduré de l’Antiquité à nos jours et n’a été réintroduite à grande échelle qu’aux années 1950. L’amarone est issu du recioto, un vin doux produit à partir de raisins séchés, traditionnellement élaboré en petite quantité pour les grandes occasions. À l’origine, le terme « amarone » désignait un recioto dont la fermentation s’était poursuivie jusqu’au bout, donnant un vin sec au lieu d’un vin naturellement sucré. Avec le temps, l’amarone est devenu un style à part entière. Aujourd’hui, les grappes mûres sont récoltées puis séchées pendant jusqu’à quatre mois, perdant ainsi 40 % de leur volume avant le début de la vinification. Ce processus aboutit à un vin plus alcoolisé, puissant, mais souvent souple — ce qui justifie son prix élevé. Il est intéressant de noter que l’amarone, initialement considéré comme un vin rare et méditatif destiné aux grandes occasions, est devenu un produit grand public, avec une production multipliée par plus de six entre les années 1970 et les années 2000 pour répondre à la demande.

Le ripasso est un pont entre le Valpolicella classique et l’amarone. Ce style consiste à ajouter au vin de base de Valpolicella du marc d’amarone (ou, parfois, des raisins séchés), ce qui lui confère un léger surcroît d’alcool, plus de matière et une plus grande richesse. C’est un développement relativement récent, qui ne remonte qu’aux années 1980, et qui découle de la désignation Valpolicella superiore, laquelle imposait un degré d’alcool plus élevé (12 %) et un vieillissement d’un an en fût.

Malgré la popularité de l’amarone et du ripasso, le vin emblématique de la région reste le Valpolicella. Toutefois, après l’expansion de la zone de production, la qualité est devenue plus inégale. De nombreuses coopératives ont produit des Valpolicella sans ambition, ternissant la réputation de l’appellation au point que certains producteurs de qualité ont fini par s’en détourner. Cependant, avec le succès de l’amarone et du ripasso — et les normes de production plus strictes qui les accompagnent — l’intérêt pour les Valpolicella de qualité, en particulier ceux issus de la zone historique classico, a été ravivé. Dans ses meilleures expressions, le climat continental modéré et les cépages naturellement peu tanniques de la région donnent naissance à un vin rouge léger et rafraîchissant aux notes de cerise acidulée et d’amande — un style en parfaite adéquation avec les tendances actuelles, qui privilégient des vins de caractère, mais faciles à boire, conviviaux et désaltérants.

Le Valpolicella reste la base de la pyramide qualitative sur laquelle reposent le succès du ripasso et de l’amarone. Alors que ces deux étoiles ont placé la Vénétie sur la carte mondiale du vin au cours des vingt-cinq dernières années, il est peut-être enfin temps que le Valpolicella, lorsqu’il est bien élaboré, brille à leurs côtés.

Établi à Toronto, Igor Ryjenkov MW a été le premier Canadien à obtenir le prestigieux titre de Master of  ine en 2003. Son expertise en matière de vin se fonde sur 24 années d’expérience au sein du domaine en Ontario, d’abord à la vente au détail, puis à des postes clés en matière d’approvisionnement, et sur ses projets, notamment le développement de la nouvelle matrice à cinq points des styles de vin. Igor est l’un des Masters of Wine d’Opimian.