Les Français ont un mot pour désigner les collectionneurs de capsules de champagne : « placomusophile ». Je me demande donc si les Italiens ont un terme similaire pour ceux qui recherchent des vins issus de cépages méconnus. Peut-être que les plus insolites d'entre eux atteignent des prix élevés sur le marché des échanges nocturnes? Si tel était le cas, je pense que je me retrouverais immédiatement en tête du classement des passionnés. Rien n'est plus fascinant, pour ceux qui s'ennuient, que de dénicher des cépages rares et exceptionnels parmi le répertoire des cépages autochtones italiens. C'est dans cet esprit que je vous présente la turbiana.

La turbiana est le cépage de la Lugana, une DOC qui longe la rive sud du lac de Garde et dont la limite nord est marquée par la beauté azurée de ce dernier. Quelle place occupe la turbiana sur la carte des vins? Elle est étroitement apparentée au trebbiano di Soave et descend directement du verdicchio, incontestablement l'un des meilleurs cépages blancs de la péninsule. La turbiana pousse exclusivement dans la région de Lugana, mais son nom n'apparaît pas sur l'étiquette, contrairement à celui de « Lugana » : la convention italienne veut que le terroir prime sur le cépage. Le nom « Lugana » fait référence à un hameau situé près de Sirmione, cette péninsule découpée où abondent les temples romains dédiés à Catulle. Proposée pour la première fois en 1967, la DOC ne couvrait alors qu'une petite parcelle de sols argileux entre le rivage et la moraine terminale, là où commence la DOC Bardolino, aux sols graveleux et réservée aux vins rouges. Comme nous sommes en Italie, la DOC s'est par la suite étendue pour inclure des sols nettement moins argileux.

La turbiana a besoin d'argile pour produire son caractère huileux, très acide et apte au vieillissement, ainsi que ses arômes extraordinaires. Ici, pas la moindre trace de chêne : la turbiana offre plutôt une palette d'agrumes et de fruits du verger, des notes de noisette et d'amande, et une touche séduisante de fenouil ou de réglisse, le tout enveloppé dans une acidité saline. Elle s'apparente au chablis en termes d'acidité et de fraîcheur citronnée, et au vermentino en termes de corps et de structure.

Mais je m'égare. Le C339 offre l'occasion de découvrir bien d'autres cépages que la turbiana; en voici quelques-uns, qui méritent tous un détour hors des sentiers battus :

Grignolino : le fils oublié aux teintes pâles du Piémont. Autrefois pénalisé par un pépin supplémentaire donnant des tannins virulents, le grignolino moderne est vif, très aromatique, et regorge de notes de pétale de rose, d'écorce d'orange et d'épices exotiques. Servez-le légèrement frais avec de la charcuterie pour découvrir un vin qui bouleverse tout ce que vous pensiez savoir sur les « rouges légers ».

Freisa : cousin génétique du nebbiolo, le freisa en partage la structure tannique, mais l'enveloppe d'un fruit plus sauvage et rustique. On y retrouve les notes habituelles de fruits rouges et noirs, avec un caractère intrigant de sotto bosco (sous-bois). Traditionnellement vinifié « vivace », c'est aujourd'hui un excellent vin rouge à part entière. Comme le grignolino, il récompense la curiosité.

Piedirosso : ainsi nommé pour ses rafles cramoisies, ce cépage est originaire de Campanie, plus précisément des Campi Flegrei (littéralement « champs brûlants »), une région hautement volcanique. Aussi irascible qu'un cépage puisse l'être : les vins sont juteux, rappelant la groseille rouge, avec une touche herbacée, des notes de canneberge et de cerise rouge, et une acidité qui semble infinie. Il est souvent assemblé avec son grand frère, l'aglianico, pour en adoucir la puissance, ce qui n'est pas une mince affaire compte tenu de la structure de ce dernier.

Nerello mascalese : la réponse de l'Etna au pinot noir — pâle, parfumé, doté d'un potentiel de garde remarquable, cultivé sur des terrasses volcaniques jusqu'à 1 000 mètres d'altitude. Attendez-vous à des arômes de cerise rouge, d'herbes sauvages et à une identité minérale fumée. Si vous aimez le pinot, vous devez absolument goûter un etna rosso : c'est le cépage de prédilection des amateurs de pinot en quête d'élégance bourguignonne dans des contrées inattendues, et le rouge sicilien le plus passionnant pour qui privilégie la finesse à la puissance.

Carricante : pilier de l'Etna Bianco, le carricante s'épanouit sur les sols riches en minéraux et en altitude du volcan. Son nom vient de « carrico tanto » (littéralement « j'en porte beaucoup ») : il tend vers des rendements élevés et exige donc une main de fer au sécateur. Lors de ma première visite, j'ai été époustouflé par ce cépage — alors cultivé par seulement deux domaines — qui présentait une acidité marquée, des notes d'agrumes et salines, ainsi qu'une incroyable aptitude au vieillissement. Trente ans plus tard, je reste tout aussi fasciné.

Caprettone : longtemps confondu avec le coda di volpe, le caprettone est désormais reconnu comme un cépage à part entière, cultivé autour du Vésuve et central dans l'appellation Lacryma Christi. Il offre un large éventail d'arômes de fruits à noyau et d'écorces confites, et se boit relativement jeune, la majeure partie de sa production dévalant la colline pour rejoindre les trattorias napolitaines. Le caprettone est un cépage peu connu issu d'une montagne très célèbre.